Effondrée au sol, je pleure toutes les larmes de mon corps. Je n'arrive même pas à avoir une respiration régulière, mes poumons sont rétractés et empêchent tout oxygène de s'y engouffrer. Des soubresauts incessants ont pris possession de moi. Ma tête tourne à me faire perdre le nord. Une longue blessure vient de s'ouvrir à l'intérieur de mon c½ur. Elle me fait souffrir à un point inimaginable, j'ai l'impression que je ne pourrais pas y survivre. Je n'ai jamais autant perdu le contrôle de moi même jusqu'à ce jour. J'ai l'impression que ma tête va exploser d'une minute à l'autre. Pourquoi elle? Personne n'à le droit de lui faire du mal! Pas à ma petite s½ur.
Je sens des bras passer autour de mes épaules pour tenter de me calmer. Lorsque j'aperçois de qui il s'agit, entre deux rideaux de larme, je le repousse violemment.
Moi: NE ME TOUCHE PAS BILL!
Je le vois reculer, hébété, ne sachant pas vraiment quoi faire. Comment peut-il croire que je vais le pardonner après ce qu'il a osé insinuer? Ma peine a démultiplié ma colère et le sentiment de trahison que j'ai envers lui. Je sais que ma réaction est démesurée mais le choc de la nouvelle sera ma circonstance atténuante. Folle de haine et de douleur je me replis sur moi, enroulant mes jambes de mes bras tremblants. Je me balance d'avant en arrière comme une démente. Les minutes passent sans que j'en n'aie la notion.
......
Lorsque j'ouvre à nouveau les yeux, je m'aperçois que je suis allongée sur le lit et que dehors la nuit semble être tombée depuis longtemps. Courbaturée, je me redresse pour me rendre compte qu'il n'y a personne dans la chambre. Un mal de tête me donne ordre de me recoucher. J'abdique et essaye de remettre mes idées en ordre.
Tom et Bill ont dû sortir pour me laisser me calmer. Je me sens coupable d'avoir aussi brusquement rejeté Bill, mais il m'a blessé et avec cette annonce par dessus, je ne l'ai pas supporté. J'ai littéralement perdue les pédales, je ne me contrôlais plus, comme si je n'étais plus maître de moi même. C'est affreux de ressentir ça, on a l'impression d'être esclave de son corps en crise. J'en frémis rien quand y repensant, maintenant je me sens vidée, telle une coquille vide. Il faut que je rentre d'urgence en France, je dois les rejoindre et très vite, ils ont besoin moi, autant que j'ai besoin d'eux.
C'est ce moment ci que Tom choisit pour rentrer et venir prendre de mes nouvelles.
Tom: alors comment tu vas ma belle?
Il passe une main réconfortante sur mon visage ruisselant de sueur.
Moi: mal...
Tom: Bill est devant la porte et il s'en veut énormément. Pendant que tu dormais on a longuement discuté et il a compris que son attitude était stupide. Il a dérapé, avec toute la pression qu'il supporte il a pété un câble. Mais ça, il saura mieux te le dire que moi. Je peux t'assurer que je ne l'ai jamais vu aussi mal que tout à l'heure, il a vraiment eu peur pour toi.
Moi: je ne peux pas lui pardonner aussi facilement Tom, comment tu fais toi?
Tom: c'est mon jumeau et je ressens au plus profond de moi qu'il est sincère, il se sent terriblement coupable tu sais.
Voyant que je ne compte rien ajouter, il poursuit.
Tom: tu ne veux pas le faire entrer? Juste pour qu'il soit rassuré, il se fait un sang d'encre.
Moi: ok.
À peine ai-je prononcé ces mots qu'il se jette sur la porte pour ouvrir à son frère. Bill entre timidement, il s'approche à pas feutrés. Il me cherche du regard, je le fuis. Il vient s'asseoir à mes cotés tout en gardant une certaine distance. Ses doigts effleurent les miens pourtant, je les retire automatiquement. Je vois un voile de tristesse apparaître sur son visage. Puis Tom prend la parole pour faire fuir l'ambiance pesante qui s'apprêtait à s'installer.
Tom: qu'est ce qui t'a mis dans cet état tout à l'heure?
Moi: un coup de fil de ma mère pour me dire que...
Mes mots se bloquent dans ma gorge, les faire sortir serait leur donner une dimension réelle. Tom m'encourage du regard, j'ai peur de craquer une nouvelle fois en mettant des mots sur mon mal, finalement je m'y résous.
Moi: ma soeur est à l'hôpital dans le bloc opératoire depuis plus de trois heures maintenant... les médecins se relaient pour la soigner et ma mère les voit sortir les uns après les autres tachés de sang... Ils ne veulent rien lui dire...
Ça y est les larmes sont à nouveau aux bords de mes yeux, je retiens un sanglot. Le visage des jumeaux s'est assombri. Je sais qu'ils meurent d'envie de savoir pourquoi elle est là bas, sachant que par respect pour moi ils ne me le demanderont pas je leur dis de mon plein grès.
Moi: elle s'est faite renverser par un chauffard en traversant la route... Cet enfoiré ne s'est même pas arrêté!
Je tremble de rage maintenant, si jamais j'ai cet être abjecte en face de moi je lui ferais regretter son geste jusqu'à la fin de sa misérable vie. Les garçons ont les yeux braqués sur moi, j'essaye d'apaiser mon envie de meurtre et de me détendre. Tom se lève et s'apprête à sortir.
Tom: je suis profondément désolé Alex pour ta soeur, je vais tout de suite me débrouiller pour qu'on rentre en France dès demain. Pendant ce temps là, discuter, vous en avez besoin.
Bill se retourne vers moi et plonge ses yeux dans les miens, encore une fois je m'en détourne. C'est trop dur d'affronter son regard pénétrant. Pourtant il persiste.
Bill: Alex je sais que je t'ai blessé tout à l'heure, tu ne peux pas savoir à quel point je regrette tout ça. Je n'ai envie que d'une chose: remonter le temps et tout effacer. Excuse moi, j'ai pété les plombs je suis désolé. J'ai été idiot de penser qu'il pouvait se passer quelque chose entre toi et Tom. Mais tu vois en ce moment je suis un peu à bout, entre la nouvelle tournée qui se prépare, la promo à faire, les interview, tout quoi. J'en peux plus et du coup j'ai déchargé toute cette tension sur toi et Tom, les personnes les plus proches. Je sais que ce n'est pas une excuse et une piètre explication mais voilà c'est tout ce que je suis en mesure de te donner.
Moi: Bill je peux pas...
Bill: je sais que tu ne peux pas me pardonner tout de suite, je ferais tout ce que je peux pour me racheter, soit en sûre. Mais n'oublies pas pour autant que je suis toujours là et que je t'aime plus que tout.
Moi: Bill je ne veux pas te vexer mais pour l'instant c'est le cadet de mes soucis ok. Ma soeur est à l'hôpital dans un état critique, je suis loin de ma famille, loin d'elle, alors nos histoires de couple ça sera pour plus tard.
Bill: je sais bien mais...
Moi: y'a pas de mais! Tu réalises pas ou quoi? Elle est entre la vie et la mort!
Bill: ne dramatise pas, elle va s'en sortir.
Moi: et si c'est pas le cas? Tu peux me laisser seule s'il te plait?
Bill: heu... oui bien sur.
Avant j'aurais voulu qu'il me prenne dans ses bras à ce moment précis, et me berce comme un enfant effrayé par le noir, mais maintenant ce que je veux le plus, c'est être seule et retrouver au plus vite ma famille. Et par dessus tout je veux serrer ma petite Sara dans mes bras, sentir l'odeur fruitée de sa peau, la chaleur de sa chaire. Mais mon voeu est irréalisable aux heures d'aujourd'hui. Malgré cela je garde espoir, après tout ma mère a peut être exagéré et ce n'est pas si grave que ce qu'elle avait l'air de dire, ou alors elle a minimisé pour ne pas m'inquiéter... J'entends encore ces mots qui m'ont terrifiés "Ta soeur est dans un état critique à l'hôpital", ils tournent dans ma tête sans cesse. J'ai tellement peur de la perdre, de ne plus revoir son sourire si frais affiché à ses lèvres rosées, de n'avoir que pour souvenir ses yeux pétillants de malice. Elle n'a pas le droit de partir, non, pas sans moi.
......
Les heures d'avion ont été interminables, j'ai vu les minutes s'écoulaient une par une comme les grains d'un sablier. Bill s'est cantonné à rester à mes cotés sans pour autant essayer toute approche désastreuse. Il a bien senti que le moment ne serait nullement approprié pour espérer un quelconque rabibochage. Il attendra que je revienne vers lui lorsque je me sentirais prête et j'en suis reconnaissante.
Nous nous dirigeons vers l'hôpital. Dans le taxi seul les paroles de Tom prévenant Gustav et Georg de l'accident se font entendre. Ils souhaitent venir mais je les en dissuade à coup d'arguments parfois douteux. Comme le fait que d'être à quinze dans une salle d'attente ne changera rien, qu'ils sont bien trop loin pour arriver rapidement à l'hôpital et le dernier dont je suis la moins convaincue: que ce n'est peut être rien de grave et qu'avant même leur arrivée nous serions déjà rentrés à la maison. Finalement ils abandonnent et me font part de tout le réconfort dont ils peuvent faire preuve. Leur soutien me remonte le moral, ça me touche beaucoup, je les remercierais comme il se doit en temps voulu.
Les portes de l'hôpital s'offrent à moi, je m'y engouffre le plus sereinement possible. Il faut que je sois forte pour eux, ma mère va être effondrée, sans parler de mes tantes qui se sont certainement déplacées, contrairement aux frères et soeurs de ma mère qui ont dû à peine ciller en apprenant la nouvelle. Avec un faux air confiant et décidé je rentre dans ce dédale de souffrance. La secrétaire médical nous indique la chambre de ma soeur, 136, non sans avoir regardé suspicieusement les jumeaux m'accompagnant. Je cours à moitié pour rejoindre mes proches. Dans un couloir blanc immaculé j'aperçois mon frère, il est assis tête entre les mains entouré de mes parents à l'air tout aussi accablé. L'image m'arrache un pincement au coeur, très vite effacé par le réconfort de les revoir. Quentin remarque ma présence et tel un ressort se lève pour venir m'enlacer. Son étreinte est douloureuse, une larme chaude de sa part vient se loger dans mon cou. Je lui caresse les cheveux pour l'apaiser sans grand succès. C'est au tour de mes parents de venir à ma rencontre. Le visage de ma mère me choque presque, des larmes ravages ses traits tirés, un regard pétillant a fait place à des yeux bouffis et rougis à force de pleurer. Épuisée elle me prend dans ses bras elle aussi, plus pour que je la soutienne que l'inverse. Mon père tente de rester droit mais je vois très bien qu'il ne se porte guère mieux.
Maman: Oh ma chérie je suis contente que tu sois là. Tes tantes Isabelle et Nathalie ainsi qu'Alain sont allées se chercher un café, ils ne vont pas tarder à revenir, quand au reste de la famille ils n'ont pas pu se déplacer malheureusement.
Les jumeaux font part de leur compassion à leur tour, gênés ils ne savent pas vraiment quoi faire de leurs dix doigts. Quoi de plus normal? Ce genre de situation n'est pas vraiment la bien venue et y être confronté alors que nous ne sommes pas principalement visé peut être complexe à gérer. Mais je ne peux pas m'occuper d'eux pour l'instant.
Moi: Maman, que disent les médecins?
Je la vois tripoter nerveusement ses mains, l'anxiété apparaît sur son visage. Elle cherche les mots appropriés, mais y en a-t-il vraiment?
Maman: ils ne disent rien.
Moi: comment ça rien? Maman s'il te plait, dis moi.
Ses yeux se voilent, mon coeur en même temps.
Maman: elle a de multiple blessures ouvertes, le bras gauche de cassé, ses jambes n'ont pas été touché... mais plusieurs côtes ont été rompu et une a perforé le poumon droit, c'est ce qui inquiète le plus les médecins. Ils n'arrivent pas pomper le sang qui rempli ses poumons, sans parler du traumatisme crânien qui a déclenché une hémorragie interne. Elle est en train de se noyer dans son propre sang!
Chaque mot m'assène un coup violent au thorax, je me sens défaillir. Je suis à deux doigts de perdre l'équilibre. Elle était loin d'avoir exagérée au téléphone, au contraire... Comment mon petit ange va pouvoir se battre? La lutte est inégale, sans merci, meurtrière. Je m'appuie contre le mur glacial pour ne pas tomber à la renverse, j'inspire et expire le plus calmement possible. Ils ont tous les yeux braqués sur moi, je sens leur inquiétude comme si c'était la mienne. Ils savent tous à quel point je suis proche de Sara.
Moi: Je veux la voir!
Maman: ce n'est pas possible chérie.
Moi: JE DOIS LA VOIR!
Le silence s'impose dans le couloir froid.
Moi: laissez moi la voir s'il vous plait...
Un simple murmure s'échappe de ma bouche entre ouverte, tel un supplice. J'ai besoin d'elle, elle a besoin de savoir que je suis là. Un homme en blouse blanche que je suppose être docteur pénètre dans le couloir lourd de douleur. Je me précipite sur lui comme un animal blessé entrevoyant un espoir.
Moi: Docteur il faut absolument que je vois ma soeur.
Docteur: qui est votre soeur?
Moi: Sara Dizario.
Docteur: ah pauvre petite... Venez j'ai une nouvelle a vous apprendre ainsi qu'à votre famille.
Je le suis m'attendant au pire, même si pour moi il est atteint depuis longtemps. Nous arrivons après quelques mètres au niveau de mes parents entourés des garçons, mes tantes et mon oncle les ont rejoint entre temps.
Docteur: Madame et Monsieur Dizario il faudrait que je vous parle en privé.
Papa: c'est sur l'état de santé de Sara?
Docteur: oui
Papa: alors vous pouvez parler librement ici, de toute façon toutes les personnes ici présentes seront au courant à un moment ou à un autre.
Docteur: comme vous voudrez. Nous avons plongé votre fille dans un coma thérapeutique pour ne pas qu'elle souffre, la morphine n'agissait plus.
Ma mère retient un hoquet de stupeur. Tout le monde sait que la morphine est un des anti-douleur les plus puissants, le voir inefficace est alarmant. Le médecin se ressaisit et poursuit.
Docteur: mais il y a eu un problème... Le coma assisté s'est transformé en un coma véritable. Nous ne savons pas ce qui s'est passé. Il a plusieurs hypothèses, la plus plausible serait que son corps a réagi à ce faux coma comme à une nouvelle attaque et pour la protéger la fait tomber dans le vrai coma. Je suis vraiment désolé... Il ne reste plus qu'à espérer.
Maman: à espérer! À ESPERER! C'est à ça que vos dix années d'étude vous ont servit?! A espérer!
Papa: chérie calme toi. T'énerver ne servira à rien...
Maman: que je me calme? Notre bébé est en train de mourir bordel!
Des larmes dévalent ses joues creusées par la fatigue, à bout elle s'effondre dans les bras de mon père. Tant de douleur, de souffrance, de tristesse... Le monde continue de tourner alors que ma petite soeur non. Le temps s'est suspendu pour elle, pour un bref instant ou pour toujours? Je ne sais pas... Je pensais avoir atteint le fond mais en réalité c'est une descente au enfer que je suis en train de vivre. Comment cela a-t-il pu se produire? Comment d'une vie, certes mouvementée, mais dans le fond heureuse j'ai pu passer aux larmes, à la souffrance... Je ne m'imagine pas ma vie sans elle, ce n'est qu'une enfant innocente. Je me noie dans la blessure béante que j'ai à la place du coeur, cela en deviendrait presque physique.
Personne ne dit mot, pour dire quoi de toute manière? Tous, nous sommes dans un piteux état, affalés sur les sièges peu confortables du couloir. Et nous attendons, mais au fond qu'espérons nous? Un miracle? Peut-on encore l'envisager? J'y crois oui, pas pour moi, pour Sara. Parce que renoncer serait l'abandonner et jamais je ne ferais ça. Ma lucidité n'est plus vraiment de mise, juste une folie à laquelle je veux avoir foi.
......
Les heures défilent et personne n'a bougé, aucun médecin n'est venu nous faire entrevoir une quelconque amélioration. Puis un bruit assourdissant parvient à mes oreilles, trop habituées au silence de mort qui a pris possession de ce lieu. Deux visages familiers passent les battants de notre sanctuaire. D'abord la surprise, puis une joie éphémère. Georg et Gustav se dirigent vers nous. Ces idiots ne m'ont pas écouté et j'en suis heureuse. Je les enlace et leur montre ma gratitude à travers mon geste. Je vois dans les yeux des jumeaux un soulagement, ils ne sont plus seuls maintenant à subir la souffrance d'une famille en peine. Rapidement ils m'expliquent qu'ils ont sauté dans le premier avion pour la France, ensuite les jumeaux leur ont dit à quel hôpital nous étions par message. Leur présence me fait du bien, de savoir aussi qu'ils ont fait tout ce déplacement pour moi me flatte. Quelques minutes après se sont à nouveau trois personnes chères à mon coeur qui font leur arrivée. Mélanie, Maxime et Samantha. À cause de la panique je ne les ai même pas prévenu, ma mère s'est chargée d'appeler Mélanie qui a très vite fait passé le message. Malheureusement les autres n'ont pas pu venir, ils étaient en vacances... Les avoirs autour de moi me réconfortent, ils me soutiennent comme ils peuvent mais leur simple présence à tous m'apaise. Il n'y a qu'une personne absente à l'appel...
Moi: maman, tu penses que Nadège viendra...
Maman: ta cousine est en route.
À peine a-t-elle lâché sa réponse que je sens comme un poids s'envoler dans ma poitrine. Savoir qu'elle sera présente dans peu de temps me soulage. C'est la seule personne sur qui je peux me reposer. En temps normal je dois me montrer forte pour les autres, ne pas faiblir et leur redonner espoir, cacher ma peine, mon mal être. Mais avec elle c'est différent, avec elle je suis celle qui doit être protéger, celle qui doit être cajolé et non l'inverse. C'est un peu comme la grande soeur que je n'ai jamais eu. En sa présence je peux laisser ma souffrance apparaître, dévoiler cette partie de moi que je protège des yeux des autres. Pas que j'en soit moins proche, ou que je leur fasse moins confiance, juste que ce n'est pas la même chose. Chaque relation que nous entretenons avec notre entourage est unique, l'amour que nous portons à chacun est différent et incomparable. Je trépigne d'impatience, lorsqu'elle sera là je pourrais enfin me libérer.
Le médecin nous autorise enfin à aller la voir. Je veux rester seule avec elle, alors je laisse mes parents puis mon oncle et mes tantes en premier pénétrer dans sa chambre. Ils y restent près d'une heure, pendant ce temps mes amis tentent tant bien que mal de me changer les idées. Mélanie m'apprend que Chris a été repéré par un chorégraphe pendant notre spectacle de fin d'année grâce aux vidéos sur internet. Quelque chose de bien sera ressortie de ce bordel finalement. Georg lance deux trois blagues dont lui seul à le secret, il réussit même à m'arracher un sourire.
Je sens la main de quelqu'un se glisser dans la mienne, lorsque je regarde à qui elle appartient je me rends compte qu'il s'agit de Samantha. Elle m'offre un sourire bien veillant comme pour me dire qu'ils sont tous là. En retour je lui sers la main un peu plus que nécessaire. Les voir tous présent pour moi me réchauffe le coeur. C'est dans ces moments là qu'on voit qui sont nos vrais amis, ceux qui seront toujours là pour vous. J'arrive presque à me sentir bien mais lorsque la porte s'ouvre pour laisser sortir ma famille de la chambre de Sara, une bouffée de stresse s'empare de moi. Ma gorge se noue et une boule se forme au sein de mon ventre. Ils me lancent un regard qui se veut encourageant et je passe la porte de son nouveau monde.
J'entends la porte claquer derrière moi mais je n'y fais déjà plus attention. Une pièce aux murs blancs et à l'ambiance si peu chaleureuse renferme ma petite soeur. Elle est étendue sur un lit aux draps de la même neutralité. Son bras gauche est plâtré alors que le droit est perforé d'aiguilles en tout genre, reliées à des machines aux allures de monstres. Son visage angélique est meurtri par des griffures et plaies en cours de cicatrisation. Le bruit sans fin des machines me rappelle que ce n'est pas un cauchemar mais belle est bien la réalité. Lentement je m'approche du siège placé à sa droite, je ne fais pas de bruit comme si j'avais peur de la réveiller. Que je suis stupide! J'attrape sa main et ma première impression est qu'elle est glacée comme la mort. Je la sers à l'intérieur du cocon de mes deux mains pour la réchauffer, même si je sais que c'est peine perdue. J'admire sa peau de pêche et son teint blafard, ses cheveux blonds ont été ramené en arrière. Doucement je passe ma main sur son front et lui caresse avec toute la délicatesse dont je suis capable.
Moi: Oh ma petite puce... Qu'est ce qu'ils t'ont fait... Pourquoi toi mon ange... Tu es si jeune et pleine de vie, ce n'est pas ton heure, j'en suis certaine. Tu n'as pas le droit de partir, pas encore... Tu as toute la vie devant toi, tant de choses à découvrir que ça ne peut pas s'arrêter maintenant. J'entends encore ton rire quand Quentin te faisait des chatouilles, je vois ton sourire quand toute fière de toi tu avais rebaptisé la cuisine en essayant de faire un gâteau. Tous ces moments me rappellent à quel point tu m'es essentielle. J'ai besoin de toi... Alors ne pars pas, reste encore avec moi... Tu es mon oxygène Sara... Ma petite princesse... Je t'en supplie reste avec moi... T'as pas le droit d'abandonner, alors bats toi, de toutes tes forces... Je crois en toi Sara, je sais que tu es forte, plus forte de moi... Et puis je t'aime tellement, on t'aime tous alors ne nous laisse pas seul.
Des larmes coulent sur mes joues, je ne peux pas les retenir, je n'en ai plus la force. Je veux qu'elle revienne, je ne supporterais pas de la perdre, non pas elle. Épuisées je pose ma tête sur le rebord du lit et me laisse ronger par le chagrin. Les mots sont trop faibles pour faire partager cette douleur insupportable. J'ai mal, mal à en mourir. Si je pouvais, j'aurais pris sa place. J'ai si peur de la voir partir. Mes sanglots redoublent et j'ai l'impression que je vais m'étouffer avec. Si elle meurt une partie de moi va être tué elle aussi. Nous avons plus que du sang en commun, plus qu'un lien fraternel, nous sommes au dessus. C'est mon petit ange après tout, je vous en supplie ne couper pas ses ailes.
Après je ne sais combien de temps je décide de sortir de cette pièce qui ne m'inspire que la tristesse. J'essaye d'effacer mes larmes mais sans grand succès. Je regarde une derrière fois en arrière pour apercevoir comme un sourire au coin de ses lèvres, je dois certainement halluciner, ma douleur me fait perdre la tête. Je retrouve tout le monde dans ce même couloir avec cette même mine déconfite. Mes yeux en croisent d'autres verts émeraude, je cligne des yeux pour faire disparaître les dernières larmes et être certaine que je ne rêve pas. Ce n'est pas le cas.
Nadège court vers moi, tout comme moi à son encontre. Dans ses bras je me lâche complètement pour la première fois, de l'eau salée coule à nouveau de mes yeux que je pensais épuisés d'avoir pleurer. Elle passe sa main dans mon dos et me chuchote des mots réconfortants à l'oreille.
Nadège: je suis là maintenant... Tout va bien, tu vas voir, tout va s'arranger.
Moi: tu l'aurais vu... elle est toute blanche et froide...
Nadège: ne t'inquiète pas, vient on va discuter autour d'un café, tu veux?
Moi: oui.
Avec elle je suis comme une enfant dont il faut s'occuper, et aujourd'hui j'ai vraiment besoin de ça. Je la suis là où elle m'emmène sans broncher. Elle glisse des pièces dans le distributeur automatique et nous commande deux cafés. Lorsqu'ils sont prêts elle nous fait asseoir sur les fauteuils prévus à cet effet. Elle ne dit rien et attend que je me lance, elle ne veut pas me brusquer. Moi, je bois mon café et me brûle les lèvres avec son contenu bouillant.
Moi: j'ai peur Nadège...
Nadège: on a tous peur.
Moi: j'arrive pas à m'imaginer ma vie sans elle.
Nadège: tu n'as pas à le faire. Sara est une enfant aussi forte que sa grande soeur.
Moi: alors elle n'a pas beaucoup de chance de survivre.
Nadège: ne dis pas n'importe quoi, tu es une fille remplie de vitalité et d'énergie, sur ce point là vous êtes de vraie jumelle. Elle n'abandonnera pas si tu ne le fais pas. Elle sait que tu l'aimes, elle se battra, je n'en doute pas une seconde. Laisse lui le temps, elle va s'en sortir, c'est une battante. Fais lui confiance!
Moi: mais si...
Nadège: y'a pas de mais. Regarde moi! Je suis sûre et certaine qu'elle va guérir. Il faut plus que ça pour battre notre petite Sara. On est tous là pour elle et même dans le coma elle le sent, elle va s'en sortir tu entends! Maintenant tu vas te reprendre et pas te laisser abattre compris, qu'est ce que Sara dirait hein?! Je veux plus voir un visage triste et dépité, tu vas me faire le plaisir, d'espérer mieux que ça. Fais espérer tout le monde à ton tour!
Moi: oui je vais le faire, pour Sara!
Nadège: pour Sara!
Moi: merci Nadège.
Nadège: merci de quoi? De te mettre un coup de pied au cul pour te faire réagir? Mais avec plaisir alors.
Je souris devant son humour toujours à point nommé. Elle sait exactement comment s'y prendre pour redonner courage, cette fille est une perle. Revivifié, je retourne vers ce couloir blanc auquel je compte bien mettre un peu de couleur. Je crois que la transformation est surprenante puisque tous me regardent comme si je venais d'une autre planète.
Mel: Alex ça va?
Moi: oui.
Je m'approche de Bill est vient placer ma main dans la sienne, il me regarde surpris ne comprenant pas vraiment ce retournement de situation. Mais ne fait aucun commentaire et se contente de serrer ma main. Tom me lance un regard apaisé et l'ambiance semble comme se détendre. L'anxiété s'envole doucement. Chacun fait fuir ses sentiments pessimistes et noirs pour laisser place à l'espoir. Le couloir retrouve un semblant de vie, plus personne ne se morfond.
Oui maintenant j'y crois vraiment, je crois en toi petite soeur!
Je sens des bras passer autour de mes épaules pour tenter de me calmer. Lorsque j'aperçois de qui il s'agit, entre deux rideaux de larme, je le repousse violemment.
Moi: NE ME TOUCHE PAS BILL!
Je le vois reculer, hébété, ne sachant pas vraiment quoi faire. Comment peut-il croire que je vais le pardonner après ce qu'il a osé insinuer? Ma peine a démultiplié ma colère et le sentiment de trahison que j'ai envers lui. Je sais que ma réaction est démesurée mais le choc de la nouvelle sera ma circonstance atténuante. Folle de haine et de douleur je me replis sur moi, enroulant mes jambes de mes bras tremblants. Je me balance d'avant en arrière comme une démente. Les minutes passent sans que j'en n'aie la notion.
......
Lorsque j'ouvre à nouveau les yeux, je m'aperçois que je suis allongée sur le lit et que dehors la nuit semble être tombée depuis longtemps. Courbaturée, je me redresse pour me rendre compte qu'il n'y a personne dans la chambre. Un mal de tête me donne ordre de me recoucher. J'abdique et essaye de remettre mes idées en ordre.
Tom et Bill ont dû sortir pour me laisser me calmer. Je me sens coupable d'avoir aussi brusquement rejeté Bill, mais il m'a blessé et avec cette annonce par dessus, je ne l'ai pas supporté. J'ai littéralement perdue les pédales, je ne me contrôlais plus, comme si je n'étais plus maître de moi même. C'est affreux de ressentir ça, on a l'impression d'être esclave de son corps en crise. J'en frémis rien quand y repensant, maintenant je me sens vidée, telle une coquille vide. Il faut que je rentre d'urgence en France, je dois les rejoindre et très vite, ils ont besoin moi, autant que j'ai besoin d'eux.
C'est ce moment ci que Tom choisit pour rentrer et venir prendre de mes nouvelles.
Tom: alors comment tu vas ma belle?
Il passe une main réconfortante sur mon visage ruisselant de sueur.
Moi: mal...
Tom: Bill est devant la porte et il s'en veut énormément. Pendant que tu dormais on a longuement discuté et il a compris que son attitude était stupide. Il a dérapé, avec toute la pression qu'il supporte il a pété un câble. Mais ça, il saura mieux te le dire que moi. Je peux t'assurer que je ne l'ai jamais vu aussi mal que tout à l'heure, il a vraiment eu peur pour toi.
Moi: je ne peux pas lui pardonner aussi facilement Tom, comment tu fais toi?
Tom: c'est mon jumeau et je ressens au plus profond de moi qu'il est sincère, il se sent terriblement coupable tu sais.
Voyant que je ne compte rien ajouter, il poursuit.
Tom: tu ne veux pas le faire entrer? Juste pour qu'il soit rassuré, il se fait un sang d'encre.
Moi: ok.
À peine ai-je prononcé ces mots qu'il se jette sur la porte pour ouvrir à son frère. Bill entre timidement, il s'approche à pas feutrés. Il me cherche du regard, je le fuis. Il vient s'asseoir à mes cotés tout en gardant une certaine distance. Ses doigts effleurent les miens pourtant, je les retire automatiquement. Je vois un voile de tristesse apparaître sur son visage. Puis Tom prend la parole pour faire fuir l'ambiance pesante qui s'apprêtait à s'installer.
Tom: qu'est ce qui t'a mis dans cet état tout à l'heure?
Moi: un coup de fil de ma mère pour me dire que...
Mes mots se bloquent dans ma gorge, les faire sortir serait leur donner une dimension réelle. Tom m'encourage du regard, j'ai peur de craquer une nouvelle fois en mettant des mots sur mon mal, finalement je m'y résous.
Moi: ma soeur est à l'hôpital dans le bloc opératoire depuis plus de trois heures maintenant... les médecins se relaient pour la soigner et ma mère les voit sortir les uns après les autres tachés de sang... Ils ne veulent rien lui dire...
Ça y est les larmes sont à nouveau aux bords de mes yeux, je retiens un sanglot. Le visage des jumeaux s'est assombri. Je sais qu'ils meurent d'envie de savoir pourquoi elle est là bas, sachant que par respect pour moi ils ne me le demanderont pas je leur dis de mon plein grès.
Moi: elle s'est faite renverser par un chauffard en traversant la route... Cet enfoiré ne s'est même pas arrêté!
Je tremble de rage maintenant, si jamais j'ai cet être abjecte en face de moi je lui ferais regretter son geste jusqu'à la fin de sa misérable vie. Les garçons ont les yeux braqués sur moi, j'essaye d'apaiser mon envie de meurtre et de me détendre. Tom se lève et s'apprête à sortir.
Tom: je suis profondément désolé Alex pour ta soeur, je vais tout de suite me débrouiller pour qu'on rentre en France dès demain. Pendant ce temps là, discuter, vous en avez besoin.
Bill se retourne vers moi et plonge ses yeux dans les miens, encore une fois je m'en détourne. C'est trop dur d'affronter son regard pénétrant. Pourtant il persiste.
Bill: Alex je sais que je t'ai blessé tout à l'heure, tu ne peux pas savoir à quel point je regrette tout ça. Je n'ai envie que d'une chose: remonter le temps et tout effacer. Excuse moi, j'ai pété les plombs je suis désolé. J'ai été idiot de penser qu'il pouvait se passer quelque chose entre toi et Tom. Mais tu vois en ce moment je suis un peu à bout, entre la nouvelle tournée qui se prépare, la promo à faire, les interview, tout quoi. J'en peux plus et du coup j'ai déchargé toute cette tension sur toi et Tom, les personnes les plus proches. Je sais que ce n'est pas une excuse et une piètre explication mais voilà c'est tout ce que je suis en mesure de te donner.
Moi: Bill je peux pas...
Bill: je sais que tu ne peux pas me pardonner tout de suite, je ferais tout ce que je peux pour me racheter, soit en sûre. Mais n'oublies pas pour autant que je suis toujours là et que je t'aime plus que tout.
Moi: Bill je ne veux pas te vexer mais pour l'instant c'est le cadet de mes soucis ok. Ma soeur est à l'hôpital dans un état critique, je suis loin de ma famille, loin d'elle, alors nos histoires de couple ça sera pour plus tard.
Bill: je sais bien mais...
Moi: y'a pas de mais! Tu réalises pas ou quoi? Elle est entre la vie et la mort!
Bill: ne dramatise pas, elle va s'en sortir.
Moi: et si c'est pas le cas? Tu peux me laisser seule s'il te plait?
Bill: heu... oui bien sur.
Avant j'aurais voulu qu'il me prenne dans ses bras à ce moment précis, et me berce comme un enfant effrayé par le noir, mais maintenant ce que je veux le plus, c'est être seule et retrouver au plus vite ma famille. Et par dessus tout je veux serrer ma petite Sara dans mes bras, sentir l'odeur fruitée de sa peau, la chaleur de sa chaire. Mais mon voeu est irréalisable aux heures d'aujourd'hui. Malgré cela je garde espoir, après tout ma mère a peut être exagéré et ce n'est pas si grave que ce qu'elle avait l'air de dire, ou alors elle a minimisé pour ne pas m'inquiéter... J'entends encore ces mots qui m'ont terrifiés "Ta soeur est dans un état critique à l'hôpital", ils tournent dans ma tête sans cesse. J'ai tellement peur de la perdre, de ne plus revoir son sourire si frais affiché à ses lèvres rosées, de n'avoir que pour souvenir ses yeux pétillants de malice. Elle n'a pas le droit de partir, non, pas sans moi.
......
Les heures d'avion ont été interminables, j'ai vu les minutes s'écoulaient une par une comme les grains d'un sablier. Bill s'est cantonné à rester à mes cotés sans pour autant essayer toute approche désastreuse. Il a bien senti que le moment ne serait nullement approprié pour espérer un quelconque rabibochage. Il attendra que je revienne vers lui lorsque je me sentirais prête et j'en suis reconnaissante.
Nous nous dirigeons vers l'hôpital. Dans le taxi seul les paroles de Tom prévenant Gustav et Georg de l'accident se font entendre. Ils souhaitent venir mais je les en dissuade à coup d'arguments parfois douteux. Comme le fait que d'être à quinze dans une salle d'attente ne changera rien, qu'ils sont bien trop loin pour arriver rapidement à l'hôpital et le dernier dont je suis la moins convaincue: que ce n'est peut être rien de grave et qu'avant même leur arrivée nous serions déjà rentrés à la maison. Finalement ils abandonnent et me font part de tout le réconfort dont ils peuvent faire preuve. Leur soutien me remonte le moral, ça me touche beaucoup, je les remercierais comme il se doit en temps voulu.
Les portes de l'hôpital s'offrent à moi, je m'y engouffre le plus sereinement possible. Il faut que je sois forte pour eux, ma mère va être effondrée, sans parler de mes tantes qui se sont certainement déplacées, contrairement aux frères et soeurs de ma mère qui ont dû à peine ciller en apprenant la nouvelle. Avec un faux air confiant et décidé je rentre dans ce dédale de souffrance. La secrétaire médical nous indique la chambre de ma soeur, 136, non sans avoir regardé suspicieusement les jumeaux m'accompagnant. Je cours à moitié pour rejoindre mes proches. Dans un couloir blanc immaculé j'aperçois mon frère, il est assis tête entre les mains entouré de mes parents à l'air tout aussi accablé. L'image m'arrache un pincement au coeur, très vite effacé par le réconfort de les revoir. Quentin remarque ma présence et tel un ressort se lève pour venir m'enlacer. Son étreinte est douloureuse, une larme chaude de sa part vient se loger dans mon cou. Je lui caresse les cheveux pour l'apaiser sans grand succès. C'est au tour de mes parents de venir à ma rencontre. Le visage de ma mère me choque presque, des larmes ravages ses traits tirés, un regard pétillant a fait place à des yeux bouffis et rougis à force de pleurer. Épuisée elle me prend dans ses bras elle aussi, plus pour que je la soutienne que l'inverse. Mon père tente de rester droit mais je vois très bien qu'il ne se porte guère mieux.
Maman: Oh ma chérie je suis contente que tu sois là. Tes tantes Isabelle et Nathalie ainsi qu'Alain sont allées se chercher un café, ils ne vont pas tarder à revenir, quand au reste de la famille ils n'ont pas pu se déplacer malheureusement.
Les jumeaux font part de leur compassion à leur tour, gênés ils ne savent pas vraiment quoi faire de leurs dix doigts. Quoi de plus normal? Ce genre de situation n'est pas vraiment la bien venue et y être confronté alors que nous ne sommes pas principalement visé peut être complexe à gérer. Mais je ne peux pas m'occuper d'eux pour l'instant.
Moi: Maman, que disent les médecins?
Je la vois tripoter nerveusement ses mains, l'anxiété apparaît sur son visage. Elle cherche les mots appropriés, mais y en a-t-il vraiment?
Maman: ils ne disent rien.
Moi: comment ça rien? Maman s'il te plait, dis moi.
Ses yeux se voilent, mon coeur en même temps.
Maman: elle a de multiple blessures ouvertes, le bras gauche de cassé, ses jambes n'ont pas été touché... mais plusieurs côtes ont été rompu et une a perforé le poumon droit, c'est ce qui inquiète le plus les médecins. Ils n'arrivent pas pomper le sang qui rempli ses poumons, sans parler du traumatisme crânien qui a déclenché une hémorragie interne. Elle est en train de se noyer dans son propre sang!
Chaque mot m'assène un coup violent au thorax, je me sens défaillir. Je suis à deux doigts de perdre l'équilibre. Elle était loin d'avoir exagérée au téléphone, au contraire... Comment mon petit ange va pouvoir se battre? La lutte est inégale, sans merci, meurtrière. Je m'appuie contre le mur glacial pour ne pas tomber à la renverse, j'inspire et expire le plus calmement possible. Ils ont tous les yeux braqués sur moi, je sens leur inquiétude comme si c'était la mienne. Ils savent tous à quel point je suis proche de Sara.
Moi: Je veux la voir!
Maman: ce n'est pas possible chérie.
Moi: JE DOIS LA VOIR!
Le silence s'impose dans le couloir froid.
Moi: laissez moi la voir s'il vous plait...
Un simple murmure s'échappe de ma bouche entre ouverte, tel un supplice. J'ai besoin d'elle, elle a besoin de savoir que je suis là. Un homme en blouse blanche que je suppose être docteur pénètre dans le couloir lourd de douleur. Je me précipite sur lui comme un animal blessé entrevoyant un espoir.
Moi: Docteur il faut absolument que je vois ma soeur.
Docteur: qui est votre soeur?
Moi: Sara Dizario.
Docteur: ah pauvre petite... Venez j'ai une nouvelle a vous apprendre ainsi qu'à votre famille.
Je le suis m'attendant au pire, même si pour moi il est atteint depuis longtemps. Nous arrivons après quelques mètres au niveau de mes parents entourés des garçons, mes tantes et mon oncle les ont rejoint entre temps.
Docteur: Madame et Monsieur Dizario il faudrait que je vous parle en privé.
Papa: c'est sur l'état de santé de Sara?
Docteur: oui
Papa: alors vous pouvez parler librement ici, de toute façon toutes les personnes ici présentes seront au courant à un moment ou à un autre.
Docteur: comme vous voudrez. Nous avons plongé votre fille dans un coma thérapeutique pour ne pas qu'elle souffre, la morphine n'agissait plus.
Ma mère retient un hoquet de stupeur. Tout le monde sait que la morphine est un des anti-douleur les plus puissants, le voir inefficace est alarmant. Le médecin se ressaisit et poursuit.
Docteur: mais il y a eu un problème... Le coma assisté s'est transformé en un coma véritable. Nous ne savons pas ce qui s'est passé. Il a plusieurs hypothèses, la plus plausible serait que son corps a réagi à ce faux coma comme à une nouvelle attaque et pour la protéger la fait tomber dans le vrai coma. Je suis vraiment désolé... Il ne reste plus qu'à espérer.
Maman: à espérer! À ESPERER! C'est à ça que vos dix années d'étude vous ont servit?! A espérer!
Papa: chérie calme toi. T'énerver ne servira à rien...
Maman: que je me calme? Notre bébé est en train de mourir bordel!
Des larmes dévalent ses joues creusées par la fatigue, à bout elle s'effondre dans les bras de mon père. Tant de douleur, de souffrance, de tristesse... Le monde continue de tourner alors que ma petite soeur non. Le temps s'est suspendu pour elle, pour un bref instant ou pour toujours? Je ne sais pas... Je pensais avoir atteint le fond mais en réalité c'est une descente au enfer que je suis en train de vivre. Comment cela a-t-il pu se produire? Comment d'une vie, certes mouvementée, mais dans le fond heureuse j'ai pu passer aux larmes, à la souffrance... Je ne m'imagine pas ma vie sans elle, ce n'est qu'une enfant innocente. Je me noie dans la blessure béante que j'ai à la place du coeur, cela en deviendrait presque physique.
Personne ne dit mot, pour dire quoi de toute manière? Tous, nous sommes dans un piteux état, affalés sur les sièges peu confortables du couloir. Et nous attendons, mais au fond qu'espérons nous? Un miracle? Peut-on encore l'envisager? J'y crois oui, pas pour moi, pour Sara. Parce que renoncer serait l'abandonner et jamais je ne ferais ça. Ma lucidité n'est plus vraiment de mise, juste une folie à laquelle je veux avoir foi.
......
Les heures défilent et personne n'a bougé, aucun médecin n'est venu nous faire entrevoir une quelconque amélioration. Puis un bruit assourdissant parvient à mes oreilles, trop habituées au silence de mort qui a pris possession de ce lieu. Deux visages familiers passent les battants de notre sanctuaire. D'abord la surprise, puis une joie éphémère. Georg et Gustav se dirigent vers nous. Ces idiots ne m'ont pas écouté et j'en suis heureuse. Je les enlace et leur montre ma gratitude à travers mon geste. Je vois dans les yeux des jumeaux un soulagement, ils ne sont plus seuls maintenant à subir la souffrance d'une famille en peine. Rapidement ils m'expliquent qu'ils ont sauté dans le premier avion pour la France, ensuite les jumeaux leur ont dit à quel hôpital nous étions par message. Leur présence me fait du bien, de savoir aussi qu'ils ont fait tout ce déplacement pour moi me flatte. Quelques minutes après se sont à nouveau trois personnes chères à mon coeur qui font leur arrivée. Mélanie, Maxime et Samantha. À cause de la panique je ne les ai même pas prévenu, ma mère s'est chargée d'appeler Mélanie qui a très vite fait passé le message. Malheureusement les autres n'ont pas pu venir, ils étaient en vacances... Les avoirs autour de moi me réconfortent, ils me soutiennent comme ils peuvent mais leur simple présence à tous m'apaise. Il n'y a qu'une personne absente à l'appel...
Moi: maman, tu penses que Nadège viendra...
Maman: ta cousine est en route.
À peine a-t-elle lâché sa réponse que je sens comme un poids s'envoler dans ma poitrine. Savoir qu'elle sera présente dans peu de temps me soulage. C'est la seule personne sur qui je peux me reposer. En temps normal je dois me montrer forte pour les autres, ne pas faiblir et leur redonner espoir, cacher ma peine, mon mal être. Mais avec elle c'est différent, avec elle je suis celle qui doit être protéger, celle qui doit être cajolé et non l'inverse. C'est un peu comme la grande soeur que je n'ai jamais eu. En sa présence je peux laisser ma souffrance apparaître, dévoiler cette partie de moi que je protège des yeux des autres. Pas que j'en soit moins proche, ou que je leur fasse moins confiance, juste que ce n'est pas la même chose. Chaque relation que nous entretenons avec notre entourage est unique, l'amour que nous portons à chacun est différent et incomparable. Je trépigne d'impatience, lorsqu'elle sera là je pourrais enfin me libérer.
Le médecin nous autorise enfin à aller la voir. Je veux rester seule avec elle, alors je laisse mes parents puis mon oncle et mes tantes en premier pénétrer dans sa chambre. Ils y restent près d'une heure, pendant ce temps mes amis tentent tant bien que mal de me changer les idées. Mélanie m'apprend que Chris a été repéré par un chorégraphe pendant notre spectacle de fin d'année grâce aux vidéos sur internet. Quelque chose de bien sera ressortie de ce bordel finalement. Georg lance deux trois blagues dont lui seul à le secret, il réussit même à m'arracher un sourire.
Je sens la main de quelqu'un se glisser dans la mienne, lorsque je regarde à qui elle appartient je me rends compte qu'il s'agit de Samantha. Elle m'offre un sourire bien veillant comme pour me dire qu'ils sont tous là. En retour je lui sers la main un peu plus que nécessaire. Les voir tous présent pour moi me réchauffe le coeur. C'est dans ces moments là qu'on voit qui sont nos vrais amis, ceux qui seront toujours là pour vous. J'arrive presque à me sentir bien mais lorsque la porte s'ouvre pour laisser sortir ma famille de la chambre de Sara, une bouffée de stresse s'empare de moi. Ma gorge se noue et une boule se forme au sein de mon ventre. Ils me lancent un regard qui se veut encourageant et je passe la porte de son nouveau monde.
J'entends la porte claquer derrière moi mais je n'y fais déjà plus attention. Une pièce aux murs blancs et à l'ambiance si peu chaleureuse renferme ma petite soeur. Elle est étendue sur un lit aux draps de la même neutralité. Son bras gauche est plâtré alors que le droit est perforé d'aiguilles en tout genre, reliées à des machines aux allures de monstres. Son visage angélique est meurtri par des griffures et plaies en cours de cicatrisation. Le bruit sans fin des machines me rappelle que ce n'est pas un cauchemar mais belle est bien la réalité. Lentement je m'approche du siège placé à sa droite, je ne fais pas de bruit comme si j'avais peur de la réveiller. Que je suis stupide! J'attrape sa main et ma première impression est qu'elle est glacée comme la mort. Je la sers à l'intérieur du cocon de mes deux mains pour la réchauffer, même si je sais que c'est peine perdue. J'admire sa peau de pêche et son teint blafard, ses cheveux blonds ont été ramené en arrière. Doucement je passe ma main sur son front et lui caresse avec toute la délicatesse dont je suis capable.
Moi: Oh ma petite puce... Qu'est ce qu'ils t'ont fait... Pourquoi toi mon ange... Tu es si jeune et pleine de vie, ce n'est pas ton heure, j'en suis certaine. Tu n'as pas le droit de partir, pas encore... Tu as toute la vie devant toi, tant de choses à découvrir que ça ne peut pas s'arrêter maintenant. J'entends encore ton rire quand Quentin te faisait des chatouilles, je vois ton sourire quand toute fière de toi tu avais rebaptisé la cuisine en essayant de faire un gâteau. Tous ces moments me rappellent à quel point tu m'es essentielle. J'ai besoin de toi... Alors ne pars pas, reste encore avec moi... Tu es mon oxygène Sara... Ma petite princesse... Je t'en supplie reste avec moi... T'as pas le droit d'abandonner, alors bats toi, de toutes tes forces... Je crois en toi Sara, je sais que tu es forte, plus forte de moi... Et puis je t'aime tellement, on t'aime tous alors ne nous laisse pas seul.
Des larmes coulent sur mes joues, je ne peux pas les retenir, je n'en ai plus la force. Je veux qu'elle revienne, je ne supporterais pas de la perdre, non pas elle. Épuisées je pose ma tête sur le rebord du lit et me laisse ronger par le chagrin. Les mots sont trop faibles pour faire partager cette douleur insupportable. J'ai mal, mal à en mourir. Si je pouvais, j'aurais pris sa place. J'ai si peur de la voir partir. Mes sanglots redoublent et j'ai l'impression que je vais m'étouffer avec. Si elle meurt une partie de moi va être tué elle aussi. Nous avons plus que du sang en commun, plus qu'un lien fraternel, nous sommes au dessus. C'est mon petit ange après tout, je vous en supplie ne couper pas ses ailes.
Après je ne sais combien de temps je décide de sortir de cette pièce qui ne m'inspire que la tristesse. J'essaye d'effacer mes larmes mais sans grand succès. Je regarde une derrière fois en arrière pour apercevoir comme un sourire au coin de ses lèvres, je dois certainement halluciner, ma douleur me fait perdre la tête. Je retrouve tout le monde dans ce même couloir avec cette même mine déconfite. Mes yeux en croisent d'autres verts émeraude, je cligne des yeux pour faire disparaître les dernières larmes et être certaine que je ne rêve pas. Ce n'est pas le cas.
Nadège court vers moi, tout comme moi à son encontre. Dans ses bras je me lâche complètement pour la première fois, de l'eau salée coule à nouveau de mes yeux que je pensais épuisés d'avoir pleurer. Elle passe sa main dans mon dos et me chuchote des mots réconfortants à l'oreille.
Nadège: je suis là maintenant... Tout va bien, tu vas voir, tout va s'arranger.
Moi: tu l'aurais vu... elle est toute blanche et froide...
Nadège: ne t'inquiète pas, vient on va discuter autour d'un café, tu veux?
Moi: oui.
Avec elle je suis comme une enfant dont il faut s'occuper, et aujourd'hui j'ai vraiment besoin de ça. Je la suis là où elle m'emmène sans broncher. Elle glisse des pièces dans le distributeur automatique et nous commande deux cafés. Lorsqu'ils sont prêts elle nous fait asseoir sur les fauteuils prévus à cet effet. Elle ne dit rien et attend que je me lance, elle ne veut pas me brusquer. Moi, je bois mon café et me brûle les lèvres avec son contenu bouillant.
Moi: j'ai peur Nadège...
Nadège: on a tous peur.
Moi: j'arrive pas à m'imaginer ma vie sans elle.
Nadège: tu n'as pas à le faire. Sara est une enfant aussi forte que sa grande soeur.
Moi: alors elle n'a pas beaucoup de chance de survivre.
Nadège: ne dis pas n'importe quoi, tu es une fille remplie de vitalité et d'énergie, sur ce point là vous êtes de vraie jumelle. Elle n'abandonnera pas si tu ne le fais pas. Elle sait que tu l'aimes, elle se battra, je n'en doute pas une seconde. Laisse lui le temps, elle va s'en sortir, c'est une battante. Fais lui confiance!
Moi: mais si...
Nadège: y'a pas de mais. Regarde moi! Je suis sûre et certaine qu'elle va guérir. Il faut plus que ça pour battre notre petite Sara. On est tous là pour elle et même dans le coma elle le sent, elle va s'en sortir tu entends! Maintenant tu vas te reprendre et pas te laisser abattre compris, qu'est ce que Sara dirait hein?! Je veux plus voir un visage triste et dépité, tu vas me faire le plaisir, d'espérer mieux que ça. Fais espérer tout le monde à ton tour!
Moi: oui je vais le faire, pour Sara!
Nadège: pour Sara!
Moi: merci Nadège.
Nadège: merci de quoi? De te mettre un coup de pied au cul pour te faire réagir? Mais avec plaisir alors.
Je souris devant son humour toujours à point nommé. Elle sait exactement comment s'y prendre pour redonner courage, cette fille est une perle. Revivifié, je retourne vers ce couloir blanc auquel je compte bien mettre un peu de couleur. Je crois que la transformation est surprenante puisque tous me regardent comme si je venais d'une autre planète.
Mel: Alex ça va?
Moi: oui.
Je m'approche de Bill est vient placer ma main dans la sienne, il me regarde surpris ne comprenant pas vraiment ce retournement de situation. Mais ne fait aucun commentaire et se contente de serrer ma main. Tom me lance un regard apaisé et l'ambiance semble comme se détendre. L'anxiété s'envole doucement. Chacun fait fuir ses sentiments pessimistes et noirs pour laisser place à l'espoir. Le couloir retrouve un semblant de vie, plus personne ne se morfond.
Oui maintenant j'y crois vraiment, je crois en toi petite soeur!
Je reprends du service finalement plus tôt que prévu^^
Finit la pause, de toute façon j'en pouvais plus LOL
Donc quand pensez vous de ce chapitre? Je sais qu'il n'est pas très joyeux, même si la fin est plutôt positive. Ce chapitre me tient vraiment à coeur, je l'ai écrit assez naturellement, je n'ai (pour la toute première fois) pas eu à chercher mes mots. J'espère que ça vous plait autant qu'à moi. En plus il est long XD
Comme toujours merci pour vos coms adorables, ils me donnent vraiment le sourire. Y'en a même une qui est cinglée de m'en laisser autant, moi je vous le dit^^ elle se reconnaîtra XD.
Merci aussi pour celles qui me souhaitent bonne chance pour mon bac, je vais en avoir besoin^^ et oui c'est lundi que le calvaire commence^^
Donc voilà MERCI pour tout.
Bisousssss
(J'aimerais bien trouver ma Nadège...)
PS: j'avais oublié les liens pour ceux qui avaient trouvé ce qui avait mis Alex dans cet état^^ alors les gagnants sont....* roulement de tambour*....:
fanficth29-2 ( merci pour tes coms qui me permettent vraiment de m'améliorer)
fic-carpediem483 (je suis de tout coeur avec toi <3)
Nichts-ohne-dich (merci pour les nombreux coms que tu me laisses et oui si tu veux tu n'es pas cinglée^^)
Finit la pause, de toute façon j'en pouvais plus LOL
Donc quand pensez vous de ce chapitre? Je sais qu'il n'est pas très joyeux, même si la fin est plutôt positive. Ce chapitre me tient vraiment à coeur, je l'ai écrit assez naturellement, je n'ai (pour la toute première fois) pas eu à chercher mes mots. J'espère que ça vous plait autant qu'à moi. En plus il est long XD
Comme toujours merci pour vos coms adorables, ils me donnent vraiment le sourire. Y'en a même une qui est cinglée de m'en laisser autant, moi je vous le dit^^ elle se reconnaîtra XD.
Merci aussi pour celles qui me souhaitent bonne chance pour mon bac, je vais en avoir besoin^^ et oui c'est lundi que le calvaire commence^^
Donc voilà MERCI pour tout.
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